Broussaï
Février 2010 | Hall C - Saint Etienne (42)
C'est au Hall C à Saint Etienne (42) que Fabien a rencontré Broussaï, nos mâconnais désormais incontournables dans le paysage reggae national. Alex, un des deux chanteurs, a accepté de répondre a nos questions...
Peux-tu tout d’abord présenter le groupe sous la forme d’un historique ?
On vient de Mâcon, et on a commencé en 2001, notre premier concert c’était dans la Rue Carnot (ndw : à Mâcon), on a tiré l’électricité du haut d’un immeuble et on s’est tous branchés sur le même ampli c’était assez pittoresque. Après en 2003 on a sorti notre premier maxi « Side One », en 2004 notre premier album « Insurrection » qui nous a permis de nous ouvrir les portes de certaines salles et certains festivals. Grâce à « Insurrection » on a commencé à vraiment tourner, on a beaucoup joué. Ensuite « Avec des mots » nous a permis d’ouvrir de nouvelles portes et de pouvoir nous exporter en dehors des frontières françaises donc on a joué dans des pays francophones comme la Belgique et la Suisse et puis nous a aussi permis d’aller jouer au Canada aux Francofolies de Montréal. En 2009 on a sorti « Perspectives » qui a été très bien recensé par les critiques, et notre nom a commencé à se développer. Il y a eu un petit buzz avec cet album surtout grâce aux invités Dub Inc, Balik de Danakil et Turbulence. On a fait une tournée jusqu’au mois de Décembre, là on fait encore quelques dates : Clermont Ferrand, Saint Etienne et Metz. On recommence une tournée fin Mars avec une date importante au Cabaret Sauvage à Paris, et à partir de cette date là on va faire une tournée en France qui durera tout le printemps et l’été.
A propos des Francofolies de Montréal, est ce que tu peux en dire plus sur cette date, comment s’est calée cette date, est ce que vous aviez de l’appréhension… ?
Alors oui on avait beaucoup d’appréhension. C’est eux qui nous ont contactés par l’intermédiaire d’un gars qu’on a rencontré au Québec justement ,qui s’appelle Tidiane. Il nous a découvert sur Youtube sur une vidéo où on joue en acoustique où l’on ne chantait même pas du Broussai, et il a bien aimé et il en a cherché plus sur Broussaï. Et il a écouté les albums « Insurrection » et « Avec des mots » et il connaissait le programmateur des Francofolies et ils nous ont appelés et programmés. Les Francofolies c’est vraiment un truc de ouf, c’était la première fois ou l’on prenait l’avion et traversait l’Atlantique tous ensemble. C’était vraiment une aventure super à vivre. On a arrivé là-bas et le festival se passe au milieu de la ville donc les scènes se trouvent au milieu des immeubles, les rues sont barrées et c’est vraiment puissant. On avait un peu d’appréhension on ne savait pas si le public allait réagir comme le public français et finalement ça s’est super bien passé. Que ce soit en France, en Belgique en Suisse ou au Québec les gens sont chauds et motivés pour faire la fête avec nous.
L’album Perspectives est donc sorti à l'automne 2009, comment a-t-il été perçu par le public ?
On a eu beaucoup de retours positifs, parce qu’en fait on a voulu s’élargir au niveau des textes. « Insurrection » et « Avec des mots » étaient des albums très engagés et militants. Dans celui là on voulait s’ouvrir un peu, même si l’on est toujours engagé, on a voulu sortir des clichés du reggae et prendre des histoires. C’est pour cela qu’on a fait des chansons qui sortent des thématiques du reggae, des fois ça a pu choqués certains de voir une chanson comme « Jackpot » qui parle du jeu et du hasard ou « A la dérive » qui parle des catastrophes écologiques. Et du coup on a réussi à toucher des gens qui sont parfois un peu « allergiques » à certaines thématiques ,qui ont alors vraiment aimé et toucher un public un peu plus généraliste avec des textes plus ouverts que des textes comme « Insurrection » ou « Et le manège tourne » qui sont plus rentre dedans ,et ça a été très bien perçu. Les gens ont aussi kiffé l’ouverture musicale vu qu’on a fait un morceau hip hop, un morceau dancehall et un morceau plus acoustique. On essaye toujours de diversifier notre reggae on essaye de pas faire toujours la même chose, on essaye au moins de changer la vitesse, les accords et de jouer dans la diversité musicale. Sur les nouveaux styles on a eu de bons retours et des bonnes critiques. Il y a certains fans, les irréductibles qui disent qu’ils préféraient « Avec des mots » ou « Insurrection ». La musique c’est assez magique ça te rappelle toujours des souvenirs, une époque. Peut être que, l’album « Avec des mots » rappelle à cette personne une période de sa vie qu’il a aimé et « Perspectives » pas forcément. Certains nous ont aussi dit que l’album été moins engagé, après nous on peut répondre que dans le fond non, c’est juste dans la forme que ça a changé. Les gens savent ce que l’on pense par rapport à ce que l’on a fait avec « Insurrection », et « Avec des mots ». De plus, pour ceux qui sont sceptiques par rapport au dernier album, la plupart du temps ils viennent en live et ils sont toujours contents et ils disent « même si il y a toujours des chansons qu’on aime moins d’un album à un autre, ça fait toujours plaisir de vous voir, vous mettez toujours de l’énergie, vous chauffez toujours le public et ça fait plaisir de partager quelque chose de vrai avec vous ». Je me rappelle un jour on avait reçu un journaliste de Rennes qui nous avait dit avant le concert qu’il avait été déçu par « Perspectives » et à la fin du concert il a changé d’avis et nous a dit qu’il avait ressenti les vibrations des chansons en live et s’était ouvert sur les bons cotés.
Sur l’album il y a des invités : Turbulence, Dub Inc et Balik de Danakil. Comment ces collaborations se sont mises en place ?
Pour Turbulence on voulait absolument un chanteur jamaïcain, on avait composé le riddim « Tree of knowledge », On s’est vite tourné vers lui parce c’est l’un des plus talentueux de sa génération, c’est vraiment un super chanteur, au niveau de ses capacités vocales c’est vraiment un tueur de chez tueur. Il était en tournée en France et en Europe, on a réussi à le capter sur une date, lui faire écouter le riddim et il a accroché et donc il a enregistré. Il est super sympa, il se prend pas la tête.
Pour Dub Inc ou Danakil ce sont des gars qu’on croise souvent en festival et en concert. On partage la scène et les fins de soirées ensemble, les discussions. On avait envie de les inviter. Danakil on a passé pleins d’étés ensemble et quand nos tournées se croisaient, on annulait une date pour aller les voir, ils annulaient une date pour venir nous voir, on passait du temps à Biscarosse. Là bas il y a un bar qui s’appelle le Booboo’zzz. Et on faisait pas mal de fêtes là bas et dès les premières semaines qu’on s’est rencontré on s’était dit que pour le prochain album qu’on ferait un morceau ensemble. Pour Dub Inc, on avait mixé « Insurrection » avec Samuel Clayton, qui est le mec qui avait aussi mixé « Dans le décor » pour Dub Inc. On s’est connu par cet intermédiaire là. Dub In on les a appelés,on leur a dit qu’on voulait les faire feater sur cet album et voilà. Souvent on s’invite sur scène donc quand on fait plateau Broussai et Danakil à la fin des concerts on fini les chanteurs sur la même scène et on fait un petit freestyle. Dub Inc nous ont invité plusieurs fois à monter sur scène, ce soir c’est nous qui les invitons et puis on avait envie d’immortaliser ça sur un CD, justement ce partage et cet échange qu’on avait entre artistes.
Et quelle a été l’implication des artistes que vous avez invités ?
Nous on a tout préparé à l’avance, aussi bien les textes que les musiques parce que souvent sur un enregistrement d’album tout prend beaucoup de temps, du coup on a essayé de préparer au mieux. Eric et moi, on avait écrit tous les textes en laissant des parties vides pour que les chanteurs invités interviennent. Ils ont juste eu à écrire leur partie et à l’enregistrer. Ca évite de se poser les questions de qui doit chanter à quel moment, tout était réglé à l’avance.
Lors de votre concert de sortie d’album vous aviez réarrangé « Elle m’accompagne » peux tu en expliquer les raisons et si vous le referez pour d’autres morceaux ?
Alors c’était un délire qu’on a fait. Là on le fait plus du tout. On avait réarrangé des morceaux assez vieux pour leurs donner une nouvelle vie et que ca entraine un peu plus. On avait pris le riddim « Shanty Town ». Un riddim assez connu qui a déjà été repris dans la publicité, c’est un ska assez sympa puis on l’a repris comme font beaucoup de jamaïcains qui intervertissent les chants et les mettent sur d’autres riddims. Avant Mâcon on avait fait un riddim où on a enchainé « Rude boy », « Vagabondance », « La face cachée » et « Pris en otage », sur la même instrumentale on enchainait les chants. On a fait ça pendant deux mois puis on est passé à autre chose. Ca permet de donner un nouveau souffle de vie à des anciens morceaux.
Vous soulignez à chaque concert l’importance du public dans le bouche à oreille. Est-ce que pour vous, les webzines et les fanzines, ont aussi de l’importance dans la communication des groupes ?
Tout à fait, il y a plusieurs méthodes pour diffuser la musique. La première c’est la publicité et le matraquage télévisuel et radiophonique. C’est le choix quand chez Universal ou chez Sony. Pour nous quand t’es petit groupe et surtout quand tu veux rester naturel, c'est-à-dire ne pas être un produit éphémère. Chaque année tu entends le tube de l’été ou le tube de pleins de chanteurs ou d’un groupe qui veulent passer tous les jours à la télévision et un an après t’en entends plus parler, tu sais plus ce qu’il fait. Nous ça a jamais été notre vision de la musique, nous ça fait pratiquement 10 ans qu’on existe. On a commencé par les petits bars, les petites salles et on s’est construit grâce aux concerts et ca a été notre fil conducteur. Après c’est les gens par le bouche à oreille qui diffusent la musique et c’est aussi grâce aux webzines, fanzines et radios alternatives qu’on a pu diffuser notre message. C’est important, et chaque personne rajoute sa pierre à l’édifice, et pour tenir dans un projet musical il faut monter les marches petit à petit pour ne pas dégringoler d’un coup quand on est tout en haut. Internet nous a beaucoup aidé aussi ,et le fait que les gens parlent de nous parce qu’ils aiment bien notre musique et pas parce qu’on passe à la télé, c’est ça l’avenir de la publicité. Quand une personne aime quelque chose et le fait gouter à quelqu’un parce qu’elle aura l’entrain que la publicité n’aura jamais parce qu’il y aura une image froide avec marqué « Achetez, achetez » et ce n’est pas la même chose une chose que tu vois en vrai, que tu ressens en live.
En parlant de soutien, est ce que vous soutenez des groupes locaux que vous mettez par exemple en première partie ?
Oui on essaye toujours quand on peux, mais tu sais on décide très peu des premières parties. Sur 50 concerts on décide de 2 seulement. C’est souvent les organisateurs ou les programmateurs. Là ce soir il y a un programmateur, une asso, et Broussaï n’a pas son mot à dire. Il y a souvent des petits groupes qui nous demandent si on peut les placer en première partie, on leur dit souvent que ce n’est pas nous qui décidons et le peu de fois où l’on a décidé c’était souvent des retours de coup de pouce. Par exemple on a fait joué Wareika Hills à Mâcon parce qu’ils nous avaient fait jouer l’année d’avant à Grenoble, et comme ils nous avaient invité on voulait leur rendre ce petit coup de pouce, et ca leur a fait plaisir car c’est pas tous les jours qu’on peut jouer dans une salle pleine comme ca, car il y avait plus de 1300 personnes. On a aussi déjà mis en première partie Ottoroots, Arslonga et on va essayer à l’avenir de faire tout ce que l’on peut pour aider les gens qu’on aime. Dub Inc a aussi eu ce problème là il y a quelques années car tous les petits groupes leur demandaient aussi. Mais c’est toujours agréable de donner un coup de pouce, par exemple là Ottoroots va bientôt sortir un album et je pense qu’on viendra en tant qu’invité vu qu’ils ont toujours tourné autour de nous et on les connait depuis qu’on est gamins. Donc je pense que ça se fera…
Sinon une question plus personnelle, quel est ton meilleur concert en France où à l’étranger mais aussi ton meilleur concert en Bourgogne ?
Celui en Bourgogne c’est forcément le Parc des expositions de Mâcon pour la sortie de « Perspectives », tout d’abord parce que y’a que très peu de concerts là bas, mais aussi parce que d’habitude on jouait à la Cave à Musique depuis la sortie de notre premier maxi, et on voulait offrir un truc un peu plus gros à notre public mâconnais. En plus d’être une bonne soirée musicale c’était aussi une bonne soirée caritative et on a pu donner de l’argent à une association qui s’occupe d’enfants atteints du syndrome de Williams, et du coup on faisait une pierre deux coups : on remplissait le parc des expos, il y avait un super matos au niveau lumières, et c’était une super soirée humanitaire, et comme ça les jeunes atteints du syndrome du Williams ont pu partir en vacances grâce à nous.
Quand Dub Inc nous a invité l’été dernier dans un festival sur une scène où il y avait plus de 10000 personnes, quand on est monté sur scène on a eu chaud au cœur, on a bien pris la température, c’était sympa de nous inviter, c’était du coté de Niort. Ils faisaient leur rappel sur Rude Boy et les gens ont bien kiffé parce qu’ils nous connaissaient aussi. Sinon les Francofolies de Montréal pour les raisons que je t’ai données avant.
Dernière question, quels sont vos prochains projets, Broussaï est connu pour ses lives et vous avez posté quelques vidéos de certains de vos concerts sur internet, à quand un album ou un dvd live ?
L’idée nous trotte dans la tête, certains dans le groupe seraient pour ,d’autres non. On sait que de toute façon il faudra bien un jour sortir un DVD, rien que pour les gens qu’ils en aient un vrai, un officiel, mais on attend encore l’occasion. Peut être attendre de monter un petit peu, de prendre plus d’ampleur. C’est vrai que beaucoup de gens demandent des images de live et un DVD.
Pour la suite, on va commencer à réfléchir à un nouvel album mais ca sera seulement les prémices. Là on se concentre sur le live avec une belle date au Cabaret Sauvage à Paris et une tournée ce printemps dans toute la France et ailleurs. Être sur la route à la rencontre des gens, échanger, avancer.
D’accord, merci à toi pour ta participation.
Pas de problème, et merci au webzine !
Interview Réalisée par Fabien.D
29.01.10
A voir aussi
Interview Broussaï (Octobre 2012) Lire
Interview Broussaï (24/06/11) Lire
Festival du Chien à Plumes @ Villegusien, 52 (2-5/08/12) Lire
Escarbilles Fest @ Migennes,89 (22-23/07/11) Lire
What The Folk + Broussaï @ Mâcon (24/06/11) Lire
Broussaï (+ Groundation) @ Olympia (Paris - 31/05/11) Lire
Festival Le Grand Bastringue (Cluny - 29/05/10) Lire
Broussaï + Acorps De Rue + Jah Gaia @ St Etienne,42 (29/01/10) Lire
Broussaï @ Parc des Expos de Mâcon (30/10/09) Lire
Furia + Maxxo + Broussaï (Mâcon - 16 Juillet 2009) Lire
Broussaï - "Kingston Town" (2012) Lire