Scream For Me Fest
le 23/10/10 à (Montereau)
Mezcla
C’est aux auxerrois de Mezcla que revient l’honneur d’ouvrir ce soir la septième et dernière édition du festival. Première partie marquant un réel contraste de genre par rapport à l’esprit heavy métal omniprésent dans la salle, elle semble néanmoins trouver l’auditoire réceptif qu‘elle mérite. Et pour cause : son originalité. Car la particularité de Mezcla, c’est l’assimilation parfaite des sonorités flamenco et death/métal au sein d’une musique richement inspirée par la créativité de ses musiciens. Créativité prospère qui fait alors naître des morceaux bondés dans lesquels une variation de thèmes s’enchaînent selon une ligne directrice bien cohérente. Le tout est rythmé par des leitmotiv récurrents et de multiples solos aux guitares (c’est encore dans ces derniers que l’influence hispanique reste d’ailleurs la plus évidente). En d’autres termes, et pour faire court : si l’on prend un minimum la peine d’en comprendre la richesse, on ne se languit pas ! Pour ce qui est du chant, et en attendant les voix suraiguës et claires des groupes qui suivront, c’est avec un chant grave hurlé en espagnol que Mezcla inaugure la soirée. Bien que le public soit statique, il n’en démontre pas moins son enthousiasme par des applaudissements chaleureux, cordialité qui lui vaudra alors à la fin du set un rappel avec « Refuse resist » de Sepultura.
Désillusion
Place maintenant à Désillusion, groupe de heavy métal tout droit venu de Basse-Normandie pour se présenter ce soir à la région parisienne. Cette fois, il est clair qu’il n’est plus question de négliger les aigus. Le chant n’hésite en effet pas à atteindre des hauteurs assez impressionnantes, à tel point que sans la virtuosité du chanteur, il aurait vite fait de sombrer dans le ridicule. Heureusement, la maîtrise vocale dont ce dernier fait preuve ne permet pas le piteux constat, suggérant au contraire l’admiration à l‘écoute. Le texte semble cependant, dans sa mise en musique, pâtir d’une langue française qui laisse moyennement entrevoir ici sa poétique. Quoi qu’il en soit, le public reste bien mobilisé devant la scène, apparemment convaincu par la musique du groupe, pendant que la salle continue peu à peu de se remplir avec les arrivées tardives. En prémices du concert de Darknation qui sera successif à la prestation du groupe, le chanteur sénonais rejoint Désillusion sur scène pour un featuring que l’on ne peut qu’apprécier à sa juste valeur. Finalement, une fois encore, un rappel à la fin du set paraît inévitable, et c’est au tour d’un bassiste (ô combien fougueux!) d’en assurer alors la partie chant.
Darknation
C’est à présent au tour de Darknation de faire son entrée sur scène avec un chanteur déjà bien échauffé. Le groupe ouvre son set avec « Blitzkrieg », introduction au texte engagé qui annonce dès lors la suite polémique des chansons : critique de l’extrémisme islamiste terroriste (« Bombe Humaine »), ou catholique lors des Croisades (« Le sang du Christ »), entre autres. Ce qui a vite fait de nous contaminer avec Darknation, c’est toute l’énergie et la conviction que le chanteur s’évertue à déployer sur scène, et qui ne peux laisser de marbre un être humain normalement constitué. Car il est clair que, même si le public reste en grande partie statique physiquement, il n’en ressent pas moins le souffle stimulant d’un tel dynamisme. Par ailleurs, le groupe n’hésite pas à revisiter certains classique en reprenant notamment « Fade to Black », et ce pour l’agrément de tous. Il est certains qu’au niveau instrumental, la technique et la musicalité des membres sont au moins égales à la hardiesse du chanteur. Enfin, en guise de final, et en écho au featuring précédent, le chanteur de Désillusion reprend le micro afin d’assister Darknation dans « Le sang du Christ », en compagnie de certains membres des autres groupes et de quelques personnes du public.
Stereoxyde
Avant-dernier groupe de la soirée, Stereoxyde succède désormais aux Sénonais devant une salle déjà un peu moins remplie, certes, mais toujours mobilisée. Une fois encore, on assiste à une maîtrise vocale irréprochable, qu’elle soit par le chanteur, ou bien par le bassiste lorsqu’il double sa voix de temps à autre. C’est notamment le cas dans la chanson « Stereoxyde », qui marque sensiblement les esprits - du moins le mien - et dans lequel ce dernier double le chanteur en y ajoutant une voix particulièrement suraiguës lors du refrain, créant ainsi une dimension déstabilisante et fascinante à l’écoute. Le caractère tourmenté omniprésent dans à peu près tous les morceaux du groupe semble dû en grande partie à une instabilité adroitement anticipée par le chanteur dans sa ligne vocale, lequel n’hésite pas à user de multiples dissonances. On pourrait en quelque sorte dire que cette atmosphère ambiguë constitue l’élément essentiel à l’univers musical du groupe. Fidèle au déroulement que la soirée a jusque-là suivie, ce dernier accueille sur scène les chanteurs de Darknation et Désillusion juste avant leur final. Il est certain que la convivialité entre les groupes est réelle, et la bonne ambiance de la soirée n’en ai que renforcée.
Killers
C’est désormais aux Killers de monter sur scène afin de clôturer la soirée, mais aussi l’histoire du festival. Peut-être aurais-je pu dès lors espérer une fin un peu plus glorieuse, car, bien que la plupart des personnes encore présentes dans la salle semblent convaincues par la musique du groupe, je reste pour ma part à l’écart, incrédule. Non pas que je me permette de remettre en doute les capacités techniques de ses membres qui démontrent, tout comme l’ont démontré tous les musiciens qui leur ont précédé, une excellente maîtrise instrumentale. Cependant, leur musicalité ne semble décidément pas épouser la mienne. D‘abord, parce qu‘il est des moments où la prosodie du chanteur laisse à désirer. Le chant est clair et agréable à l’écoute, certes, mais le texte n’épouse cependant pas tout le temps l’instrumental et sa phrase mélodique ; détail qui sait avoir son importance et qui ne peut que gêner les plus littéraires d’entre nous. Du côté de la batterie, l’utilisation abusive d’un blast beat insupportablement statique ne reste pour moi ici qu’un moyen anti-musical parmi tant d’autre d’éradiquer jusqu’à la moindre parcelle de sensibilité contenu dans les morceaux du groupe. Je ne doute cependant pas un instant que certains trouveront le moyen d’apprécier malgré tout cette technique puisque l’avis n’engage, au final, que moi seule. Pour finir sur un point positif, j’ajouterai néanmoins que l’interprétation de « L’Aigle noir » de Barbara a su faire son effet : reprise méconnaissable de la version originale, certes, mais intelligemment appropriée par le groupe !
En définitive - et en passant outre cette dernière prestation en ce qui me concerne -, on peux parler d’une soirée réussie. L’atmosphère était en effet favorable à la bonne humeur de tous, qu’elle ait été inspirée par la qualité du concert, ou bien simplement par l’ambiance conviviale des musiciens entre eux et avec le public. C’est donc globalement en beauté que les sept ans d’existence du "Scream for me" se terminent. Il n’y a plus qu’à espérer que de nouvelles âmes charitables reprennent par la suite le projet afin que l’événement puisse revoir un jour une finalité, et surtout qu’il rebâtisse la fierté de la salle Rustic dont la postérité souffrira en attendant de la prestation de Michèle Torr...
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